Stages de Pré-Rentrée — Inscriptions ouvertes, places très limitées ! S'inscrire

Jacques Hadamard, mathématicien : sa vie, son œuvre, son héritage
Prépa
8 min
4 mai 2026

Jacques Hadamard, mathématicien : sa vie, son œuvre, son héritage

Équipe Hadamard

Équipe Hadamard

Rédacteurs Hadamard, polytechniciens, centraliens et normaliens — orientation, méthode et concours de prépa

Jacques Hadamard a démontré le théorème des nombres premiers en 1896, succédé à Henri Poincaré à l'Académie des sciences en 1912, et signé un livre rare sur la créativité mathématique en 1945. Voici sa vie, son œuvre, et le lien avec notre institut.

Jacques Hadamard est l'un des plus grands mathématiciens français du XXᵉ siècle. Né le 8 décembre 1865 à Versailles, mort le 17 octobre 1963 à Paris à 97 ans, il a traversé les deux guerres mondiales, démontré le théorème des nombres premiers en 1896, succédé à Henri Poincaré à l'Académie des sciences en 1912, et publié à 80 ans un livre rare où un mathématicien analyse comment naissent les idées en mathématiques.

Notre institut porte son nom — pas par hasard. Cet article retrace sa vie, son œuvre, et explique pourquoi il continue d'inspirer ceux qui enseignent et apprennent les mathématiques aujourd'hui — y compris nos profs Hadamard, eux-mêmes anciens MPSI/PCSI passés par l'X, l'ENS et CentraleSupélec, qui ont étudié l'inégalité d'Hadamard et la formule de Cauchy-Hadamard pendant leur préparation.

De Versailles à Louis-le-Grand

Jacques Hadamard naît dans une famille modeste mais cultivée. Son père Amédée Hadamard (1828-1888) est professeur de lettres, de grammaire, d'histoire et de géographie au lycée Charlemagne. Sa mère Claire Marie Jeanne Picard est pianiste et professeure de piano. Deux de ses sœurs meurent en bas âge — Jeanne en 1870, Suzanne en 1874. Sa sœur cadette Germaine vivra jusqu'en 1946.

Détail surprenant rapporté par les biographes de l'École de St Andrews : le jeune Jacques est faible en arithmétique jusqu'à la cinquième. Ce n'est qu'à ce moment qu'il commence à briller, finissant deuxième de sa classe.

Il fait ses premières classes au lycée Charlemagne (où son père enseigne), puis intègre Louis-le-Grand en 1875-1876. Il y obtient son baccalauréat ès lettres et ès sciences en 1882, puis un baccalauréat ès sciences en 1883 — la même année où il remporte le Concours général. En 1884, il est reçu premier au concours d'entrée à l'École normale supérieure.

📚 Trajectoire : Louis-le-Grand → ENS major en 1884. Hadamard a suivi exactement le parcours qu'on appelle aujourd'hui « le tunnel ». Pour comprendre ce que c'était à l'époque, lis notre comparatif Louis-le-Grand vs Henri-IV vs Saint-Louis.

L'ENS, le doctorat et les premiers postes

À l'École normale, Hadamard est formé par les figures majeures de l'analyse française de la fin du XIXᵉ siècle : Jules Tannery, Charles Hermite, Gaston Darboux, Paul Appell, Édouard Goursat, Émile Picard. Il sort de l'École le 30 octobre 1888.

Il enseigne d'abord en lycée — au lycée Saint-Louis (juin 1889), puis au lycée Buffon de septembre 1890 à 1893. C'est dans ces années qu'il prépare sa thèse, soutenue en 1892 sous la direction d'Émile Picard. Le sujet : « Essai sur l'étude des fonctions données par leur développement de Taylor ». C'est un travail fondateur sur les singularités des fonctions de variable complexe — la même année, il reçoit le Grand Prix des Sciences mathématiques de l'Académie pour un mémoire sur la fonction zêta.

Il épouse en juin 1892 Louise-Anna Trénel, une amie d'enfance issue elle aussi d'une famille juive et passionnée de musique. Ils auront cinq enfants — trois fils (Pierre, Étienne, Mathieu) et deux filles (Cécile et Jacqueline).

Cours particuliers

Un accompagnement personnalisé pour réussir

Des professeurs d'excellence pour vous accompagner tout au long de l'année.

Cours en visio ou présentielProfs X/Centrale/ENS
Découvrir nos cours

Les grandes découvertes

Hadamard est nommé maître de conférences à l'Université de Bordeaux en 1893, puis professeur d'astronomie et de mécanique rationnelle le 1ᵉʳ février 1896. Pendant ces années bordelaises, il signe ses contributions les plus marquantes.

Inégalité d'Hadamard (1893)

Pour toute matrice carrée à coefficients réels, le module du déterminant est inférieur ou égal au produit des normes euclidiennes des colonnes. L'égalité est atteinte exactement quand les colonnes sont orthogonales. Ce résultat fonde la théorie des matrices d'Hadamard et a des applications en statistique (plans d'expérience), en théorie des codes correcteurs et dans la transformée d'Hadamard utilisée aujourd'hui en informatique quantique.

Théorème des nombres premiers (1896)

Le résultat le plus célèbre. Conjecturé par Gauss vers 1792 et par Legendre en 1798, le théorème établit que le nombre π(x) de nombres premiers inférieurs ou égaux à x est asymptotiquement équivalent à x / ln(x). Hadamard et le mathématicien belge Charles-Jean de La Vallée Poussin en publient indépendamment des démonstrations en 1896, en utilisant la fonction zêta de Riemann et l'analyse complexe.

Géodésiques en courbure négative (1898)

En étudiant les trajectoires libres sur des surfaces à courbure négative, Hadamard met en évidence une sensibilité extrême aux conditions initiales. Sans le savoir, il pose les fondations de ce qu'on appellera plus tard la dynamique symbolique et la théorie du chaos. Ce travail lui vaut le Prix Bordin de l'Académie en 1896.

Cauchy-Hadamard (rayon de convergence)

La formule du rayon de convergence d'une série entière, qui porte aujourd'hui les noms d'Augustin-Louis Cauchy et de Jacques Hadamard, est au programme officiel des classes préparatoires scientifiques. Tout taupin qui aborde le chapitre des séries entières en MP, PC, PSI ou MPI calcule ses rayons de convergence avec ce résultat.

Concept de problème bien posé

Dans ses travaux sur les équations aux dérivées partielles, Hadamard introduit la notion centrale de problème bien posé (existence, unicité, dépendance continue de la solution par rapport aux données). C'est un des fondements de l'analyse moderne des EDP, indispensable en physique mathématique.

Hadamard signera en tout près de 300 articles et livres au long de sa carrière.

Jacques Hadamard au concours

Trois résultats portant son nom reviennent dans les épreuves de prépa scientifique. Deux sont au programme officiel, le troisième est un classique d'oraux X-ENS.

Inégalité d'Hadamard sur les déterminants (1893)

Énoncé. Soit MM une matrice carrée d'ordre nn à coefficients réels, de colonnes v1,,vnv_1, \ldots, v_n. Alors :

det(M)v1v2vn|\det(M)| \leq \|v_1\| \cdot \|v_2\| \cdots \|v_n\|

avec égalité si et seulement si les colonnes sont deux à deux orthogonales (ou si l'une d'elles est nulle, cas trivial). La norme employée est la norme euclidienne v=vv\|v\| = \sqrt{v \cdot v}.

Idée de la preuve. Si l'une des colonnes est nulle, det(M)=0\det(M) = 0 et l'inégalité est triviale. Sinon, on normalise chaque colonne en la divisant par sa norme : MM' a toutes ses colonnes unitaires. Le théorème spectral appliqué à MM{M'}^\top M' (matrice symétrique définie positive de trace nn) combiné à l'inégalité arithmético-géométrique sur ses valeurs propres positives donne det(M)1|\det(M')| \leq 1, ce qui se réécrit en l'inégalité voulue. L'égalité se produit lorsque MM=In{M'}^\top M' = I_n, c'est-à-dire colonnes orthonormées.

Au concours. Classique d'oraux X-ENS et Mines-Ponts en MP. Apparaît aussi sous une variante pour matrices à coefficients bornés : si MijB|M_{ij}| \leq B, alors det(M)Bnnn/2|\det(M)| \leq B^n \cdot n^{n/2}. Sert souvent à majorer un déterminant dans un problème d'algèbre linéaire ou d'analyse numérique.

Matrices d'Hadamard et construction de Sylvester

Définition. Une matrice d'Hadamard d'ordre nn est une matrice carrée HH à coefficients dans {1,+1}\{-1, +1\} (chaque case vaut +1+1 ou 1-1) telle que :

Ht ⁣H=nInH \cdot {}^{t}\!H = n \, I_n

autrement dit, les lignes (et les colonnes) sont deux à deux orthogonales et de norme n\sqrt{n}. Ces matrices saturent l'inégalité d'Hadamard sur les déterminants : det(H)=nn/2|\det(H)| = n^{n/2}, le maximum atteignable pour des coefficients ±1\pm 1.

Exemples. H1=(1)H_1 = (1), H2=(1111)H_2 = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix}, et la construction récursive de Sylvester (1867) donne pour tout nn :

H2n=(HnHnHnHn)H_{2n} = \begin{pmatrix} H_n & H_n \\ H_n & -H_n \end{pmatrix}

ce qui produit des matrices d'Hadamard d'ordre 2k2^k pour tout kk. Les matrices ainsi construites sont aussi appelées matrices de Walsh-Hadamard. Elles fondent la transformée de Walsh-Hadamard rapide (analogue discret binaire de la transformée de Fourier) utilisée en codes correcteurs (Reed-Muller, Hamming), en télécommunications (étalement CDMA) et en informatique quantique — la « porte de Hadamard » H2/2H_2 / \sqrt{2} est la principale porte unaire des circuits quantiques.

La conjecture d'Hadamard (1893). On démontre facilement que si une matrice d'Hadamard d'ordre nn existe, alors n=1n = 1, n=2n = 2 ou nn est un multiple de 44. La réciproque — pour tout multiple de 44, il existe une matrice d'Hadamard de cet ordre — est la conjecture d'Hadamard, formulée en 1893 et toujours ouverte. C'est l'une des plus anciennes conjectures non résolues en combinatoire. Le plus petit ordre pour lequel l'existence reste inconnue est n=668n = 668 (depuis la construction de l'ordre 428428 par Hadi Kharaghani et Behruz Tayfeh-Rezaie en 2005).

Au concours. Sujet classique d'oral X-ENS, parfois en problème écrit Mines-Ponts MP. Les énoncés demandent typiquement de montrer la condition d'orthogonalité, de calculer det(H)=±nn/2\det(H) = \pm n^{n/2}, ou d'établir la construction de Sylvester par récurrence. Apparaît aussi en filière MP2I et MPI option informatique pour les codes correcteurs de Reed-Muller.

Formule de Cauchy-Hadamard (rayon de convergence)

Énoncé. Soit anzn\sum a_n z^n une série entière. Son rayon de convergence RR est donné par :

1R=lim supnan1/n\frac{1}{R} = \limsup_{n \to \infty} |a_n|^{1/n}

avec les conventions 1/0=+1/0 = +\infty et 1/(+)=01/(+\infty) = 0. La formule donne le rayon dans tous les cas, y compris lorsque la règle de d'Alembert (limite de an+1/an|a_{n+1}/a_n|) ne s'applique pas — par exemple la série lacunaire z2n\sum z^{2^n} a pour rayon 11 alors que d'Alembert ne s'y applique pas.

Au programme. Chapitre séries entières en deuxième année — MP, PC, PSI, MPI. C'est l'outil standard pour calculer un rayon de convergence quand d'Alembert échoue. Apparaît systématiquement en colle et régulièrement aux concours.

Exemple type. Soit anzn\sum a_n z^n avec an=nn/n!a_n = n^n / n!. La règle de d'Alembert donne an+1/ane|a_{n+1}/a_n| \to e, donc R=1/eR = 1/e. Cauchy-Hadamard donne le même résultat via la formule de Stirling : an1/n=n/(n!)1/nn/(n/e)=e|a_n|^{1/n} = n / (n!)^{1/n} \sim n / (n/e) = e, donc R=1/eR = 1/e.

RDV gratuit de 15 min

Parlons de votre projet

Un conseiller Hadamard est disponible pour répondre à toutes vos questions.

Échange personnalisé
Conseils adaptés
Sans engagement

Sans engagement • Réponse sous 24h

L'académicien et l'homme engagé

De retour à Paris en 1897, Hadamard enseigne à la Sorbonne, puis obtient en 1909 la chaire de mécanique au Collège de France. En 1912, deux événements majeurs : il est élu à l'Académie des sciences en décembre, succédant à Henri Poincaré, et il devient professeur d'analyse à l'École polytechnique où il reprend la chaire de Camille Jordan. En 1920, il s'occupe aussi de la chaire d'analyse à l'École centrale, dans le sillage de Paul Appell.

Mais Hadamard n'est pas qu'un savant. Sa femme Louise-Anna est cousine d'Alfred Dreyfus. Lorsque l'officier juif est accusé à tort de trahison en 1894, Hadamard prend position et s'engage activement dans le combat pour la révision du procès. La réhabilitation de Dreyfus, prononcée le 22 juillet 1906, sera un de ses combats civiques majeurs. Il sera, tout au long de sa vie, attaché à la défense des droits humains et au pacifisme.

Distinctions reçues : Prix Poncelet (1898), président de la Société mathématique de France (1906), Fellow of the Royal Society (1932), Médaille d'or du CNRS (1956), doctorat honoris causa de l'Université hébraïque de Jérusalem (1957). Légion d'honneur : Officier en 1923, Commandeur en 1936, Grand Officier en 1948, Grand-Croix en 1957.

Les deuils et l'exil

La vie d'Hadamard est marquée par des tragédies répétées. Pendant la Première Guerre mondiale, ses deux fils aînés tombent au combat à six semaines d'intervalle. Pierre Amédée Isaac, né en 1894, sous-lieutenant, est tué le 18 mai 1916 à Esnes-en-Argonne, dans la Meuse, secteur de la bataille de Verdun. Son frère Étienne, né en 1897, aspirant d'artillerie, tombe à Verdun le 3 juillet 1916. À 50 ans, Hadamard a perdu ses deux fils en moins de deux mois.

En 1940, alors qu'il a 74 ans, l'occupation allemande de la France et les lois antisémites du régime de Vichy le forcent à fuir. Sa famille étant juive, il s'exile aux États-Unis, où il occupe un poste de visiting professor à Columbia University de 1940 à 1944. Il y donne aussi des cours à l'École libre des hautes études, université française en exil fondée à New York.

Mais la guerre lui prend son troisième fils, Mathieu Georges, lieutenant, mort en service en Libye en 1943. Hadamard rentre en France après la Libération. En 1962, à 96 ans, son petit-fils Étienne meurt dans un accident de montagne. Selon ses biographes, il ne quittera plus sa maison après ce dernier deuil.

Il s'éteint à Paris le 17 octobre 1963, à 97 ans. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

La pédagogie comme dernier chantier

En 1945, à 80 ans, Hadamard publie un livre singulier : « An Essay on the Psychology of Invention in the Mathematical Field » (traduit en français en Essai sur la psychologie de l'invention dans le domaine mathématique). C'est l'un des très rares ouvrages où un mathématicien de premier rang analyse de l'intérieur comment naissent les idées dans son champ.

Hadamard y reprend et adapte le modèle proposé par Graham Wallas en 1926 — quatre phases de la création : préparation (travail conscient, étude du problème), incubation (le cerveau travaille en arrière-plan pendant qu'on fait autre chose), illumination (l'idée jaillit), vérification (on contrôle, on rédige). Hadamard lui-même décrit sa propre pensée comme « largement sans mots, accompagnée d'images mentales ».

Ses étudiants comptent parmi les plus grands mathématiciens français du XXᵉ siècle :

  • Maurice Fréchet — inventeur de la notion d'espace métrique, fondateur de l'analyse fonctionnelle
  • Paul Lévy — l'un des bâtisseurs de la théorie moderne des probabilités
  • Szolem Mandelbrojt — analyse complexe, oncle de Benoît Mandelbrot (théorie des fractales)
  • André Weil — théoricien des nombres, géomètre algébriste, fondateur du groupe Bourbaki

Laurent Schwartz, médaille Fields 1950, écrira que tous les analystes français vivants après 1945 ont été formés par Hadamard, directement ou indirectement.

Pourquoi notre institut porte ce nom

Hadamard incarne quelque chose de précis : un mathématicien de tout premier plan qui a explicitement réfléchi à la pédagogie et à la manière d'apprendre les mathématiques. Cette double posture est rare. La plupart des grands mathématiciens enseignent — peu théorisent leur propre processus d'invention pour aider ceux qui suivent.

Reprendre son nom pour un institut de soutien scolaire en mathématiques, c'est s'inscrire dans cette filiation : enseigner les maths en s'intéressant à la façon dont elles s'apprennent vraiment, et pas seulement à ce qu'on transmet. C'est aussi une forme d'humilité — Hadamard professe au Collège de France et à Polytechnique, succède à Poincaré à l'Académie. Porter son nom, c'est reconnaître qu'on est l'héritier d'une tradition mathématique française vieille de plus d'un siècle. Concrètement, nos professeurs sont des anciens taupins MPSI / PCSI / MP* / PC* récemment intégrés à Polytechnique, l'ENS Ulm, CentraleSupélec et Mines Paris — la chaîne de transmission directe que Schwartz décrivait reste vivante.

Pour aller plus loin, deux articles complémentaires explorent son œuvre :

Partager

FAQ

Questions fréquentes

Accompagnement personnalisé

Besoin d'aide pour réussir votre prépa ?

Nos professeurs, issus de Polytechnique et Centrale, vous accompagnent dans votre réussite avec un suivi sur-mesure.