Deux diplômes d'ingénieur en quatre ans : le double diplôme CentraleSupélec-Arts et Métiers ajoute au profil généraliste l'expertise industrielle et mécanique de l'ENSAM. Un an à CentraleSupélec, deux ans à l'ENSAM, puis retour. L'idée n'est pas d'empiler des lignes sur ton CV, mais de croiser deux cultures d'ingénieur qui se complètent : la vision large et théorique de CentraleSupélec, et le savoir-faire industriel très concret des Arts et Métiers. Voici comment ce cursus s'organise, à qui il s'adresse, et ce qu'il faut anticiper si tu veux tenter ta chance.
Deux écoles, deux manières de fabriquer un ingénieur
CentraleSupélec forme des ingénieurs généralistes : sciences de l'ingénieur au sens large, culture scientifique solide, capacité à embrasser des problèmes complexes et à piloter des projets sans être enfermé dans une seule spécialité. C'est un profil recherché parce qu'il sait dialoguer avec tout le monde et monter en compétence vite sur un sujet neuf. Mais cette largeur a une contrepartie : elle laisse parfois le sentiment de survoler la technique là où certains élèves aimeraient creuser pour de bon.
C'est exactement ce que vient combler l'ENSAM, l'École nationale supérieure d'arts et métiers. Cette école a bâti sa réputation sur le génie mécanique, le génie industriel et l'énergétique : conception mécanique, matériaux, procédés de fabrication, production, chaîne qui relie le bureau d'études à l'atelier. Là où beaucoup d'écoles restent au tableau, la tradition Arts et Métiers pousse à comprendre comment une pièce se conçoit, se calcule, se fabrique et tient dans la durée. En clair, on ne parle plus seulement de l'objet sur le papier, mais de sa vie réelle en production.
Mettre les deux bout à bout, c'est se donner un profil à la fois large et pointu : capable de prendre de la hauteur sur un projet grâce à CentraleSupélec, et de descendre dans le détail mécanique et industriel grâce aux Arts et Métiers. Les profs Hadamard et les anciens taupins passés par CentraleSupélec, l'X et les ENS le résument souvent ainsi : ce double diplôme n'est pas fait pour ceux qui hésitent encore sur leur voie, mais pour ceux qui savent déjà que la mécanique et l'industrie les attirent, et qui veulent y ajouter une vraie profondeur technique.
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Une scolarité alternée sur 4 ans
Le cursus dure quatre ans, contre trois pour le diplôme d'ingénieur classique de CentraleSupélec. Cette année supplémentaire n'est pas une rallonge administrative : c'est le temps qu'il faut pour absorber pour de bon la formation Arts et Métiers en plus du tronc CentraleSupélec. Le schéma est lisible. Tu commences par ta 1re année à CentraleSupélec, comme n'importe quel élève. Tu poses ainsi les bases généralistes de l'école avant de partir.
Viennent ensuite deux années passées à l'ENSAM, l'une en M1, l'autre en M2, sur l'un des huit campus de l'école. C'est le cœur de la spécialisation : c'est là que tu construis l'expertise mécanique et industrielle qui fait la valeur du double diplôme. Puis tu reviens à CentraleSupélec pour ta 3e année, où tu choisis ta dominante et ta mention exactement comme dans le cursus classique. Ce détail compte : le double diplôme ne te fait pas sauter la spécialisation CentraleSupélec, il vient s'ajouter par-dessus.
Autrement dit, tu ne troques pas une école contre une autre : tu ressors avec les deux diplômes d'ingénieur, celui de CentraleSupélec et celui de l'ENSAM. Une année de césure reste par ailleurs possible dans le cadre de ce parcours, si tu veux insérer une expérience en entreprise ou à l'international sans alourdir le rythme des années académiques.
Bon à savoir : il est conseillé d'avoir suivi les enseignements de Matériaux et de Mécanique des milieux continus à CentraleSupélec avant de candidater. La mécanique des milieux continus, c'est la branche qui décrit comment les solides et les fluides se déforment et se comportent sous contrainte — le socle théorique de tout ce que tu approfondiras côté Arts et Métiers.
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Admission et calendrier
Le point de bascule se joue tôt dans ta scolarité à CentraleSupélec. Le dossier se dépose au début du semestre 6, et la réponse arrive à la fin de ce même semestre 6. Il faut donc y penser en amont : les choix de cours que tu fais avant, notamment Matériaux et Mécanique des milieux continus, préparent le terrain et pèsent au moment de candidater. Un dossier construit à la dernière minute part avec un handicap.
La procédure se fait en deux temps. CentraleSupélec opère d'abord une présélection parmi ses élèves, puis l'ENSAM procède à sa propre sélection, la candidature ayant lieu en mars. Concrètement, il faut convaincre deux fois : d'un côté ton école d'origine, de l'autre l'école partenaire qui va t'accueillir deux ans. C'est aussi pour ça que la cohérence du parcours — des cours en lien avec la mécanique, un projet clair — vaut mieux qu'un simple dossier ouvert par curiosité.
Pour quels profils et quels métiers
Ce double diplôme s'adresse aux élèves attirés par l'ingénierie mécanique, industrielle et énergétique, et qui veulent renforcer leur profil technique sans renoncer au diplôme généraliste de CentraleSupélec. Si tu aimes comprendre comment les objets sont conçus et fabriqués, comment une usine s'organise, comment on optimise une production ou un système énergétique, c'est un terrain naturel pour toi. À l'inverse, si tu te vois plutôt en conseil, en finance ou dans la donnée pure, une autre voie servira mieux ton projet.
Sur le plan des débouchés, l'industrie reste un gros employeur d'ingénieurs mécaniciens et industriels, des transports à l'énergie en passant par l'aéronautique, l'automobile ou les biens d'équipement. Un profil qui maîtrise à la fois la conception, les matériaux, les procédés de fabrication et la conduite de projet coche beaucoup de cases pour ces secteurs. Croiser la marque généraliste CentraleSupélec avec l'ancrage industriel des Arts et Métiers, c'est se rendre lisible aussi bien pour un bureau d'études que pour un site de production.
Sur un schéma proche — un an à CentraleSupélec, deux ans chez le partenaire, retour en 3e année — CentraleSupélec propose aussi un double diplôme avec AgroParisTech, plus tourné vivant et environnement. Et si c'est plutôt le grand large qui t'appelle, regarde du côté des doubles diplômes internationaux. Dans tous les cas, la bonne question n'est pas « lequel est le plus prestigieux », mais « lequel colle à ce que je veux vraiment faire ».



