Deux familles de suites reviennent partout, du bac aux concours : les suites arithmétiques et les suites géométriques. La différence tient en un mot. Dans une arithmétique, on ajoute toujours le même nombre pour passer au terme suivant ; dans une géométrique, on multiplie toujours par le même nombre. Tout le reste, terme général, somme, variations, limites, découle de cette unique distinction.
Cet article te donne les définitions, les formules à connaître par cœur, la démonstration de la somme des termes que tu retrouveras à l'oral, la méthode pour reconnaître le type d'une suite, les limites selon la raison, et 4 exercices corrigés du niveau Première à la Terminale. Nos profs Hadamard, anciens MPSI/PCSI passés par l'X, l'ENS et CentraleSupélec, voient revenir les mêmes confusions chaque année : on les liste pour que tu les évites.
Définitions : raison et récurrence
Une suite est arithmétique s'il existe un réel , appelé raison, tel que pour tout entier :
Autrement dit, l'écart entre deux termes consécutifs est constant, égal à . On passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours :
Une suite est géométrique s'il existe un réel , appelé raison, tel que pour tout entier :
Cette fois, c'est le quotient entre deux termes consécutifs qui est constant, égal à (quand les termes sont non nuls). On passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par :
L'idée à retenir. Arithmétique = addition répétée d'une raison . Géométrique = multiplication répétée d'une raison . Le mot « raison » désigne les deux, mais il ne joue pas le même rôle : ne confonds jamais un qu'on ajoute avec un par lequel on multiplie.
Reconnaître le type d'une suite
Devant une suite, la première question est toujours : arithmétique, géométrique, ou ni l'un ni l'autre ? Deux tests suffisent.
- Test arithmétique. Calcule les différences . Si elles sont toutes égales, la suite est arithmétique et cette valeur commune est la raison .
- Test géométrique. Calcule les quotients (termes non nuls). S'ils sont tous égaux, la suite est géométrique et cette valeur commune est la raison .
Un exemple : la suite a des différences : arithmétique de raison . La suite a des quotients : géométrique de raison . La suite (les carrés) n'est ni l'une ni l'autre : ses différences () et ses quotients () varient.
Règle d'or. Pour prouver qu'une suite est arithmétique ou géométrique, il ne suffit pas de tester quelques termes : il faut montrer que (ou ) vaut une constante indépendante de , pour tout . Calculer la différence ou le quotient de façon générale, puis constater qu'il ne contient plus de .
Le terme général : calculer directement
La relation de récurrence donne un terme à partir du précédent. Le terme général donne directement en fonction de , sans calculer tous les termes intermédiaires.
Pour une suite arithmétique de premier terme et de raison :
Pour une suite géométrique de premier terme et de raison :
Attention à l'indice de départ. Si la suite commence à , on remplace par et par : (arithmétique) ou (géométrique). Plus généralement, à partir d'un terme connu : et .
Pourquoi ces formules ? Pour l'arithmétique, on ajoute à chaque étape : de à , on l'ajoute exactement fois, d'où . Pour la géométrique, on multiplie par à chaque étape : de à , on multiplie fois, d'où . Une démonstration propre se rédige par raisonnement par récurrence, l'outil standard pour valider une formule vraie « pour tout ».
Lecture pédagogique. Le terme général transforme un calcul pas à pas en calcul immédiat. Pour trouver le 100e terme d'une suite arithmétique, inutile d'écrire les 99 précédents : suffit. C'est tout l'intérêt de disposer d'une expression fermée plutôt que d'une simple récurrence.
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La somme des termes
Somme d'une suite arithmétique
La somme de termes consécutifs d'une suite arithmétique obéit à une formule limpide :
En clair : somme = (nombre de termes) × (premier terme + dernier terme) / 2. On reconnaît la légende du jeune Gauss additionnant : en appariant le premier et le dernier (), le deuxième et l'avant-dernier (), etc., chaque paire vaut la même somme. Le cas en est l'exemple emblématique.
Somme d'une suite géométrique
Pour une suite géométrique de raison , la somme de termes consécutifs vaut :
Là encore : somme = premier terme × (1 − raisonnombre de termes) / (1 − raison). Si , la suite est constante et la somme vaut simplement .
Démonstration de la formule géométrique. Posons . Multiplions par :
En soustrayant, presque tous les termes se télescopent :
Comme , on divise par : . Pour une somme dont le premier terme est , on met en facteur, ce qui donne la formule annoncée.
Le piège du comptage. L'exposant dans la formule géométrique, et le facteur dans la formule arithmétique, valent le nombre de termes, pas le dernier indice. De à , il y a termes (d'où ). De à , il y en a . Compte tes termes avant d'écrire la formule.
Sens de variation
Le sens de variation se lit sur la raison, mais les règles diffèrent entre les deux familles.
Suite arithmétique. Comme , le signe de la raison décide tout :
- : la suite est strictement croissante ;
- : la suite est strictement décroissante ;
- : la suite est constante.
Suite géométrique. C'est plus subtil, car le comportement dépend à la fois de la raison et du signe du premier terme. Dans le cas fréquent et :
- : strictement croissante (les termes gonflent) ;
- : strictement décroissante (les termes fondent vers ) ;
- : constante.
Si , ces deux premiers sens s'inversent. Et si , la suite change de signe à chaque terme : elle est alternée, donc ni croissante ni décroissante. C'est le piège classique : une géométrique de raison négative n'est jamais monotone.
Le réflexe à acquérir. Pour une géométrique, ne récite pas une règle sur sans regarder le signe de . Le plus sûr est d'étudier directement le signe de : trois facteurs dont tu contrôles le signe. C'est infaillible.
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Limites : le comportement de
L'étude des limites est un enjeu de Terminale. Pour une suite arithmétique de raison , c'est immédiat : tend vers si , vers si , et reste constante si .
Pour une suite géométrique, tout se joue sur le comportement de , résumé par le résultat suivant (valable pour la suite ) :
| Valeur de | Comportement de |
|---|---|
| (suite constante, limite ) | |
| pas de limite (la suite oscille) |
Pour , on multiplie ce comportement par (le signe de fixe le sens de la limite infinie). Cas particulier très utile : si , alors , quel que soit .
Ce résultat sur permet aussi de calculer la limite d'une somme géométrique convergente. Quand , le terme tend vers , donc :
Cette étude des limites se prolonge dans notre guide du calcul de limites de suites et de fonctions, où l'on traite aussi les formes indéterminées et les croissances comparées.
Tableau récapitulatif
| Arithmétique | Géométrique | |
|---|---|---|
| Récurrence | ||
| Terme général | ||
| Reconnaître | différences constantes | quotients constants |
| Somme | (si ) | |
| Variation () | signe de | croît si , décroît si |
| Limite | selon le signe de | si ; si |
5 erreurs classiques à éviter
Sur les copies de contrôle et de bac, les mêmes fautes reviennent chaque année autour des suites. Nos profs Hadamard, anciens MPSI/PCSI passés par l'X, l'ENS et CentraleSupélec, les signalent à leurs élèves dès le début de Première pour les éliminer tout de suite.
- Confondre raison arithmétique et raison géométrique. On ajoute , on multiplie par . Écrire ou mélange les deux mondes. Vérifie d'abord la nature de la suite.
- Se tromper dans le nombre de termes. De à , il y a termes, pas . C'est l'erreur reine dans les sommes : on écrit au lieu de , ou on oublie de multiplier par le bon facteur.
- Appliquer la somme géométrique quand . La formule divise par : elle est interdite pour . Dans ce cas, la suite est constante et la somme vaut .
- Croire qu'une géométrique de raison est monotone. Elle change de signe à chaque terme, donc elle n'est ni croissante ni décroissante. Ne jamais annoncer un sens de variation sans regarder le signe de et de .
- Confondre limite de et limite de la somme. Pour , le terme tend vers , mais la somme tend vers , une valeur finie non nulle. Deux limites différentes à ne pas mélanger.
4 exercices corrigés · Première → Terminale
Exercice 1, Niveau Première · suite arithmétique
Énoncé. Soit arithmétique de premier terme et de raison . Calculer , puis la somme .
Solution. Terme général : , donc . La somme porte sur termes (de à ) :
Exercice 2, Niveau Première · suite géométrique
Énoncé. Soit géométrique de premier terme et de raison . Calculer , puis la somme .
Solution. Terme général : , donc . La somme porte sur termes, avec :
Vérification directe : . ✓
Exercice 3, Niveau Première / Terminale · reconnaître via une suite auxiliaire
Énoncé. On définit par et . Montrer que la suite est géométrique, puis en déduire le terme général de .
Solution. Calculons en fonction de :
Le quotient est constant : est géométrique de raison . Son premier terme est , donc . On revient à via :
Contrôle : ✓ et ✓. Ce schéma « suite auxiliaire géométrique » est le réflexe attendu pour toute suite avec .
Exercice 4, Niveau Terminale · limite d'une somme
Énoncé. Calculer , puis sa limite quand .
Solution. C'est une somme géométrique de premier terme et de raison , sur termes :
Comme , le terme tend vers , donc :
On retrouve la formule générale : la somme des puissances de « se stabilise » à , sans jamais l'atteindre.
Ce qu'il faut retenir
- Arithmétique : on ajoute la raison (), terme général .
- Géométrique : on multiplie par la raison (), terme général .
- Reconnaître : différences constantes = arithmétique ; quotients constants = géométrique. Le prouver pour tout .
- Sommes : arithmétique ; géométrique pour . Compte bien le nombre de termes.
- Limites : tout dépend de la raison. Pour la géométrique, si , si .
- Le piège : une géométrique de raison négative n'est jamais monotone ; ne pas confondre limite du terme et limite de la somme.
Les suites arithmétiques et géométriques sont au cœur de la spécialité maths de Première et servent de tremplin en Terminale, où elles se combinent au raisonnement par récurrence et à l'étude fine des limites. Les suites définies par , comme dans l'exercice 3, reviennent d'ailleurs à chaque session : maîtriser le réflexe de la suite auxiliaire géométrique t'y prépare directement.
Pour continuer, notre panorama du programme de maths de Terminale montre où ces suites réapparaissent, et notre guide des limites approfondit le calcul de limites que tu viens de croiser.



