Les équations de Maxwell sont le sommet de l'électromagnétisme de prépa : quatre équations locales suffisent à décrire tous les phénomènes électriques et magnétiques, du condensateur qui se charge à la lumière qui traverse le vide. Là où le lycée juxtaposait des lois isolées (Gauss, Ampère, Faraday), la Spé les unifie et révèle leur cohérence, jusqu'à faire surgir la vitesse de la lumière d'un simple calcul.
Les champs et leurs sources
Une distribution de charges et de courants crée en tout point de l'espace un champ électromagnétique, décrit par deux champs de vecteurs : le champ électrique et le champ magnétique . Leur effet sur une charge test animée d'une vitesse se lit dans la force de Lorentz :
Les sources de ces champs sont décrites par deux grandeurs locales : la densité volumique de charge (en C·m⁻³) et le vecteur densité de courant (en A·m⁻²). Elles ne sont pas indépendantes : la charge se conserve, ce qu'exprime l'équation de conservation
L'idée à retenir. Les équations de Maxwell forment un système : elles relient les champs et à leurs sources et , mais aussi les deux champs entre eux. Deux constantes fondamentales y interviennent, la permittivité du vide F·m⁻¹ et la perméabilité du vide H·m⁻¹. Retiens dès maintenant leur produit : .
Maxwell-Gauss : le champ électrique et les charges
La première équation, dite de Maxwell-Gauss, relie le champ électrique à la densité de charge présente au point considéré :
C'est la forme locale du théorème de Gauss. La divergence mesure le caractère « source » ou « puits » d'un champ en un point : là où (charge positive), les lignes de champ divergent, elles naissent ; là où , elles convergent, elles se terminent. Dans une région sans charge (), le champ électrique est à flux conservatif.
Interprétation physique. Maxwell-Gauss dit que les charges sont les sources scalaires du champ électrique. En intégrant sur un volume et en appliquant le théorème de Green-Ostrogradski, on retrouve le théorème de Gauss sous sa forme intégrale : le flux de à travers une surface fermée vaut . La version locale est simplement plus fine : elle est vraie en chaque point.
Maxwell-flux : pas de charge magnétique
La deuxième équation, dite de Maxwell-flux (ou Maxwell-Thomson), est la plus courte et l'une des plus profondes :
Le champ magnétique est donc à flux conservatif partout, sans exception. Contrairement au champ électrique, il n'a ni source ni puits : ses lignes de champ ne peuvent ni commencer ni finir quelque part, elles se referment toujours sur elles-mêmes.
Interprétation physique. Cette équation traduit l'absence de monopôle magnétique : il n'existe pas de « charge magnétique » isolée équivalente à la charge électrique. On ne peut pas séparer le pôle nord et le pôle sud d'un aimant. C'est pour cela que le second membre est nul, alors que celui de Maxwell-Gauss contient . Conséquence pratique : le flux de à travers toute surface fermée est nul.
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Maxwell-Faraday : l'induction
La troisième équation, dite de Maxwell-Faraday, couple pour la première fois les deux champs. Un champ magnétique variable dans le temps engendre un champ électrique dont le rotationnel n'est pas nul :
Le rotationnel mesure la tendance d'un champ à « tourner » autour d'un point. Ici, un qui varie crée un champ électrique à circulation non nulle, capable de mettre des charges en mouvement le long d'une boucle : c'est l'origine microscopique de la force électromotrice induite. C'est la version locale de la loi de Faraday, elle-même au cœur de l'induction électromagnétique et des lois de Lenz-Faraday.
Interprétation physique. En régime stationnaire, , donc : le champ électrostatique dérive alors d'un potentiel . Dès que le champ magnétique varie, cette propriété tombe : le champ électrique n'est plus purement de gradient, il acquiert une composante à circulation, celle qui « pousse » les charges dans un circuit. Le signe moins encode la loi de modération de Lenz.
Maxwell-Ampère et le courant de déplacement
La quatrième équation, dite de Maxwell-Ampère, relie le champ magnétique à ses sources. Elle contient l'apport le plus original de Maxwell :
Le premier terme, , est le théorème d'Ampère habituel : les courants de conduction créent un champ magnétique tourbillonnant. Le second terme, , est le courant de déplacement, ajouté par Maxwell : un champ électrique variable agit comme une source de , exactement comme un vrai courant.
Pourquoi ce terme est-il indispensable ? Parce que la divergence d'un rotationnel est toujours nulle. En prenant la divergence de l'équation, on obtient . En y injectant Maxwell-Gauss, on retrouve exactement l'équation de conservation de la charge . Sans le courant de déplacement, Maxwell-Ampère serait incompatible avec la conservation de la charge en régime variable.
Le point décisif. Le courant de déplacement est ce qui rend possible la propagation d'ondes dans le vide. Là, , mais un variable crée un (Maxwell-Ampère), qui en variant crée un (Maxwell-Faraday) : les deux champs s'entretiennent mutuellement et l'ensemble se propage. C'est la brique conceptuelle qui a permis à Maxwell de prédire les ondes électromagnétiques, la lumière comprise.
Les quatre équations en un coup d'œil
Voici le système complet, à connaître par cœur avec son interprétation. C'est le socle de tout le chapitre.
| Nom | Forme locale | Ce qu'elle dit |
|---|---|---|
| Maxwell-Gauss | Les charges sont sources du champ électrique. | |
| Maxwell-flux | Pas de charge magnétique ; à flux conservatif. | |
| Maxwell-Faraday | Un variable crée un (induction). | |
| Maxwell-Ampère | Courants et variable créent un . |
Astuce de mémorisation. Les deux équations en décrivent les sources (charges pour , rien pour ), les deux équations en décrivent le couplage temporel entre les champs. Maxwell-Gauss et Maxwell-flux fixent « d'où partent » les lignes de champ ; Maxwell-Faraday et Maxwell-Ampère disent « comment un champ variable en engendre un autre ». C'est cette symétrie qui produit les ondes.
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L'onde électromagnétique dans le vide
Plaçons-nous dans le vide, loin de toute source : et . Les quatre équations deviennent
Pour obtenir une équation portant sur seul, on prend le rotationnel de Maxwell-Faraday et on utilise l'identité d'analyse vectorielle . Comme :
On aboutit à l'équation de d'Alembert, l'équation de propagation des ondes, dans laquelle apparaît naturellement une célérité :
Le champ magnétique vérifie rigoureusement la même équation. Le calcul numérique donne m·s⁻¹ : c'est la vitesse de la lumière dans le vide. Maxwell en a déduit, dès 1865, que la lumière est une onde électromagnétique. On retrouve la même structure de d'Alembert que pour les ondes et l'équation de d'Alembert étudiées par ailleurs.
Règle d'or. La célérité ne se pose pas « à la main » : elle sort du calcul, comme le facteur devant dans l'équation de d'Alembert. C'est le grand résultat du chapitre : trois constantes purement électrique et magnétique, et , déterminent la vitesse de la lumière. Retiens la relation , on la réutilise sans arrêt.
Structure de l'onde plane progressive
La solution modèle est l'onde plane progressive harmonique, se propageant dans une direction fixée par le vecteur d'onde . En notation complexe, les champs s'écrivent
avec la relation de dispersion (obtenue en injectant l'onde plane dans l'équation de d'Alembert). Sur ces ondes, les opérateurs se simplifient : et , tandis que . Traduisons les équations de Maxwell dans le vide :
- Maxwell-Gauss () donne : le champ électrique est perpendiculaire à la direction de propagation.
- Maxwell-flux () donne : le champ magnétique est lui aussi transverse.
- Maxwell-Faraday donne , soit : le champ magnétique est perpendiculaire à .
L'onde électromagnétique dans le vide est donc transverse : et sont tous deux orthogonaux à , et orthogonaux entre eux. Le trièdre est direct, les champs sont en phase, et leurs normes sont liées par
Le réflexe à acquérir. Pour une onde plane dans le vide, ne recalcule jamais tout : retiens le triplet orthogonal direct et . Connaissant et la direction , tu déduis en une ligne par , où . C'est le calcul type des concours.
5 erreurs classiques à éviter
Sur les copies de concours, les mêmes maladresses reviennent sur les équations de Maxwell. Les repérer, c'est sécuriser des points.
- Oublier le courant de déplacement. En régime variable, est faux : le terme est indispensable. Sans lui, pas de propagation et incompatibilité avec la conservation de la charge.
- Confondre les deux membres nuls. (toujours, pas de monopôle), mais n'est nul que là où il n'y a pas de charge. Ne pas symétriser abusivement et .
- Perdre le signe moins de Maxwell-Faraday. . Ce signe encode la loi de Lenz ; l'oublier fausse tout raisonnement sur le sens du champ induit.
- Poser « à la main ». La célérité doit émerger du calcul comme . L'écrire d'emblée sans passer par l'équation de d'Alembert fait perdre le résultat central du chapitre.
- Se tromper d'orientation du trièdre. C'est qui est direct, pas . Vérifie avec où pointe dans le sens de propagation.
3 exercices corrigés · niveau croissant
Exercice 1, cohérence avec la conservation de la charge
Énoncé. Montrer que le terme de courant de déplacement dans Maxwell-Ampère est nécessaire pour que l'équation soit compatible avec la conservation de la charge .
Solution. Partons de Maxwell-Ampère et prenons-en la divergence. Or, pour tout champ, identiquement. Donc :
On injecte Maxwell-Gauss, , dans le second terme :
Résultat. On retrouve exactement . Sans le courant de déplacement, on aurait , faux dès qu'une charge s'accumule (condensateur en charge). Le terme de Maxwell est donc imposé par la conservation de la charge.
Exercice 2, valeur de la célérité
Énoncé. À partir de , avec F·m⁻¹ et H·m⁻¹, calculer et vérifier l'ordre de grandeur.
Solution. Calculons d'abord le produit :
On en tire la célérité :
Résultat. On obtient bien la vitesse de la lumière dans le vide, m·s⁻¹. La coïncidence entre cette valeur, issue de constantes électromagnétiques, et la vitesse mesurée de la lumière est le fondement de l'optique ondulatoire.
Exercice 3, structure d'une onde plane
Énoncé. Une onde plane progressive harmonique se propage dans le vide selon (, ). Son champ électrique est . Déterminer et vérifier la structure de l'onde.
Solution. L'onde est transverse : est bien orthogonal à (selon , avec selon ). Le champ magnétique se déduit de la relation de structure avec :
On vérifie la cohérence avec Maxwell-Faraday, . Avec , seul est non nul, et conduit bien, après calcul, à .
Résultat. Le champ magnétique vaut . On vérifie que , soit , forme un trièdre direct, que les champs sont en phase, et que .
Ces automatismes, traduire les opérateurs sur une onde plane et lire la structure du trièdre, sont exactement ceux que nos profs Hadamard, passés par les prépas de l'X et de CentraleSupélec, entraînent en priorité : ils tombent chaque année aux écrits et aux oraux, en MP comme en PC et PSI. Pour organiser ta préparation, appuie-toi sur notre guide de méthode pour réussir en prépa.
Ce qu'il faut retenir
- Maxwell-Gauss : , les charges sont sources du champ électrique.
- Maxwell-flux : , pas de monopôle magnétique, à flux conservatif.
- Maxwell-Faraday : , un champ magnétique variable induit un champ électrique.
- Maxwell-Ampère : , courants et champ électrique variable créent .
- Propagation dans le vide : équation de d'Alembert , avec .
- Onde plane : transverse, trièdre direct, champs en phase, .
Les équations de Maxwell sont le cœur de l'électromagnétisme de deuxième année : elles fondent l'induction, la propagation des ondes, l'optique physique et les guides d'onde. Elles se prolongent naturellement vers l'induction électromagnétique et vers l'étude des ondes et des régimes stationnaires.
Pour organiser ta deuxième année et affronter sereinement ce chapitre exigeant, consulte notre méthode pour réviser efficacement en prépa.



