L'énergie mécanique répond à une question simple : que devient l'énergie d'un objet qui bouge ? Une bille qui tombe, un skieur qui dévale une piste, un pendule qui oscille, tous convertissent en permanence de l'énergie de position en énergie de vitesse, et réciproquement. Comprendre ce bilan, c'est pouvoir prédire une vitesse ou une hauteur sans jamais résoudre une seule équation horaire.
L'énergie cinétique
L'énergie cinétique est l'énergie que possède un système du fait de son mouvement. Pour un objet de masse (en kilogrammes) animé d'une vitesse (en mètres par seconde), elle vaut :
et s'exprime en joules (J). Deux points méritent l'attention. D'abord, l'énergie cinétique dépend du carré de la vitesse : doubler la vitesse quadruple , ce qui explique pourquoi les distances de freinage explosent quand on roule vite. Ensuite, elle est toujours positive ou nulle, car .
L'idée à retenir. L'énergie cinétique mesure « combien il en coûterait pour arrêter l'objet ». Un poids lourd et une voiture roulant à la même vitesse n'ont pas la même : la masse compte, mais la vitesse compte au carré. C'est la grandeur clé pour relier un mouvement à un bilan d'énergie.
L'énergie potentielle de pesanteur
L'énergie potentielle de pesanteur est l'énergie que possède un système du fait de sa position dans le champ de pesanteur. Pour un objet de masse situé à l'altitude :
où m·s⁻² est l'intensité de la pesanteur. Elle s'exprime elle aussi en joules. Contrairement à l'énergie cinétique, l'énergie potentielle dépend d'un choix d'origine : il faut fixer un niveau de référence () et orienter l'axe vers le haut. Selon la référence choisie, peut être positive, nulle ou négative, mais c'est toujours sa variation qui a un sens physique.
Règle d'or. Choisis ta référence avant tout calcul, et garde-la jusqu'au bout. Le plus pratique est souvent de placer l'origine au point le plus bas du mouvement : y est nulle et positive partout ailleurs. Un changement de référence en cours de route est la source d'erreur numéro un du chapitre.
L'énergie mécanique
L'énergie mécanique d'un système est simplement la somme de son énergie cinétique et de son énergie potentielle :
Dans le cas du champ de pesanteur, , si bien que :
Cette grandeur unique regroupe les deux « réservoirs » d'énergie du système : celui du mouvement () et celui de la position (). Tout l'intérêt du chapitre tient à une question : ce total se conserve-t-il ? La réponse dépend entièrement de la présence, ou non, de frottements.
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Conservation sans frottements
Lorsque les frottements sont négligeables et que la seule force qui travaille est le poids, l'énergie mécanique se conserve : elle reste constante tout au long du mouvement.
Concrètement, l'énergie ne disparaît pas, elle change de forme. Quand l'objet descend, son altitude baisse, donc diminue, et cette énergie est intégralement reversée dans : l'objet accélère. Quand il monte, c'est l'inverse : se convertit en et l'objet ralentit. C'est exactement ce qui se passe pour un projectile en chute libre ou en mouvement de projectile, où seule la pesanteur agit.
Lecture pédagogique. La conservation donne une méthode redoutable : pour relier une vitesse à une hauteur, il suffit d'écrire au point de départ au point d'arrivée. Par exemple, un objet lâché sans vitesse d'une hauteur arrive au sol à la vitesse , indépendamment de sa masse. Pas besoin de connaître la durée de la chute ni la trajectoire exacte.
Non-conservation et dissipation
Dès qu'il y a des frottements (air, contact avec une surface), l'énergie mécanique n'est plus conservée : elle diminue au cours du mouvement. La variation d'énergie mécanique est égale au travail des forces de frottement :
Comme les frottements s'opposent toujours au mouvement, leur travail est résistant, donc négatif : . L'énergie mécanique perdue n'est pas détruite, elle est dissipée, essentiellement sous forme de chaleur (échauffement des surfaces et de l'air). C'est pourquoi les freins chauffent et une bille qui rebondit finit toujours par s'arrêter.
Astuce de prof. Pour chiffrer l'énergie perdue par frottement, calcule à l'état initial et à l'état final, puis fais la différence. L'énergie dissipée sous forme de chaleur vaut . Si tu trouves une valeur positive pour l'énergie « perdue », c'est cohérent ; si ressort positive, tu as inversé initial et final.
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Travail d'une force et théorème de l'énergie cinétique
Le travail d'une force est la grandeur qui traduit son effet énergétique le long d'un déplacement. Pour une force constante et un déplacement rectiligne , il s'écrit comme un produit scalaire :
où est l'angle entre la force et le déplacement. Le signe de fixe la nature du travail : moteur (positif) si la force accompagne le mouvement, résistant (négatif) si elle s'y oppose, et nul si la force est perpendiculaire au déplacement, comme la réaction normale d'un support.
Le théorème de l'énergie cinétique relie alors la variation de à la somme de tous ces travaux. Entre deux instants, pour un système soumis aux forces :
C'est l'outil le plus rentable de la mécanique énergétique : il donne directement une vitesse finale ou une force moyenne sans passer par les équations horaires. Il complète les lois de Newton sur le mouvement, qui décrivent, elles, l'évolution instant par instant.
Règle d'or. Avant d'appliquer le théorème, fais l'inventaire des forces et le bilan de leurs travaux. Le poids travaille ( au signe près), les frottements travaillent (négativement), mais la réaction normale d'un support horizontal ou d'un plan, perpendiculaire au déplacement, a un travail nul. Oublier une force ou compter un travail nul comme non nul fausse tout le bilan.
Lecture graphique des énergies
Au bac, on te demande souvent d'interpréter des courbes d'énergie en fonction du temps ou de la position. Trois réflexes suffisent à tout lire.
- La courbe est horizontale (constante) : l'énergie mécanique se conserve, donc les frottements sont négligeables.
- La courbe décroît : l'énergie mécanique diminue, il y a des frottements ; la baisse totale donne l'énergie dissipée.
- À chaque instant, et se lisent séparément, et leur somme doit redonner : . C'est le contrôle gratuit de tout graphique d'énergie.
Sur un mouvement sans frottement, et sont deux courbes symétriques : là où l'une monte, l'autre descend exactement de la même quantité, et leur somme reste plate. Repérer les instants où est maximale (vitesse maximale, souvent au point le plus bas) ou minimale (point le plus haut) permet de décrire tout le mouvement d'un coup d'œil.
Lecture pédagogique. Face à un graphique, additionne mentalement et à deux ou trois instants. Si la somme est constante, tu peux affirmer « conservation, frottements négligeables ». Si elle baisse, chiffre la perte : c'est la réponse attendue pour l'énergie dissipée. Une phrase de justification bien formulée rapporte des points au bac comme au grand oral de physique-chimie.
5 erreurs classiques à éviter
Sur les copies de DS et du bac, les mêmes fautes reviennent chaque année autour de l'énergie mécanique. Les repérer, c'est déjà gagner des points.
- Oublier le carré de la vitesse. L'énergie cinétique est , pas . Doubler la vitesse quadruple , ce n'est pas une proportionnalité simple.
- Changer de référence d'altitude en cours de calcul. L'énergie potentielle dépend de l'origine choisie. Fixe-la une fois pour toutes et garde le même axe orienté vers le haut du début à la fin.
- Affirmer que se conserve toujours. La conservation n'a lieu que sans frottements. Dès qu'il y a des frottements, diminue : c'est justement la variation qui mesure l'énergie dissipée.
- Compter le travail de la réaction normale. Sur un support, la réaction normale est perpendiculaire au déplacement, donc : son travail est nul. L'inclure dans le bilan est une faute fréquente.
- Se tromper de signe pour le travail des frottements. Les frottements s'opposent au mouvement, leur travail est toujours résistant, donc négatif. Un travail de frottement positif est impossible.
4 exercices corrigés · niveau croissant
Exercice 1, énergie cinétique et freinage
Énoncé. Une voiture de masse kg roule à m·s⁻¹. Calculer son énergie cinétique. Elle freine ensuite jusqu'à l'arrêt sur une distance m. En déduire la valeur de la force de freinage moyenne, supposée constante et opposée au mouvement.
Solution. L'énergie cinétique initiale vaut :
La voiture s'arrête, donc son énergie cinétique finale est nulle. Sur un trajet horizontal, le poids et la réaction normale ne travaillent pas ; seule la force de freinage travaille. Le théorème de l'énergie cinétique donne :
le travail étant résistant. On isole :
Résultat : kJ et la force de freinage moyenne vaut environ N.
Exercice 2, conservation sans frottements
Énoncé. Une bille est lâchée sans vitesse initiale d'une hauteur m. Les frottements de l'air sont négligés. Déterminer sa vitesse au moment où elle touche le sol.
Solution. On place la référence au sol. À l'état initial (en haut, au repos) : et , donc . À l'état final (au sol) : et , donc . Comme les frottements sont négligeables, l'énergie mécanique se conserve :
La masse se simplifie, ce qui confirme que la vitesse ne dépend pas de la masse :
Résultat : la bille arrive au sol à environ m·s⁻¹, quelle que soit sa masse.
Exercice 3, énergie dissipée par les frottements
Énoncé. Un skieur de masse kg part sans vitesse du haut d'une pente et descend d'une dénivelée m. Il arrive en bas à la vitesse m·s⁻¹. Calculer l'énergie dissipée par les frottements, puis comparer à la vitesse qu'il aurait atteinte sans frottement.
Solution. On prend la référence en bas de la pente. Énergie mécanique en haut (au repos, altitude ) :
Énergie mécanique en bas (altitude nulle, vitesse ) :
L'énergie mécanique a diminué : la variation vaut J. L'énergie dissipée par les frottements, sous forme de chaleur, est donc :
Sans frottement, l'énergie mécanique se conserverait et le skieur arriverait à m·s⁻¹, nettement plus vite que les m·s⁻¹ réels. L'écart traduit exactement l'énergie perdue par frottement.
Exercice 4, théorème de l'énergie cinétique avec frottements
Énoncé. Une luge de masse kg, initialement au repos, est poussée sur un sol horizontal par une force constante N dans le sens du mouvement, sur une distance m. Une force de frottement N s'oppose au déplacement. Déterminer la vitesse de la luge après ces m.
Solution. On fait l'inventaire des quatre forces et de leurs travaux sur le déplacement horizontal :
- La force motrice , dans le sens du mouvement : J.
- Le frottement , résistant : J.
- Le poids et la réaction normale, perpendiculaires au déplacement : travail nul.
Le théorème de l'énergie cinétique, avec une vitesse initiale nulle, donne :
On isole :
Résultat : la luge atteint environ m·s⁻¹. La méthode, faire le bilan des travaux puis appliquer le théorème de l'énergie cinétique, est exactement le réflexe attendu au bac de physique-chimie et dans les premières semaines de prépa PC.
Ce qu'il faut retenir
- L'énergie cinétique : , toujours positive, dépendant du carré de la vitesse.
- L'énergie potentielle de pesanteur : , avec une référence à fixer et un axe orienté vers le haut.
- L'énergie mécanique : , le total des deux réservoirs d'énergie.
- La conservation : sans frottements, est constante ; un objet lâché d'une hauteur arrive à , indépendamment de sa masse.
- La dissipation : avec frottements, , et est l'énergie convertie en chaleur.
- Le travail et le théorème : et , l'outil clé pour une vitesse ou une force moyenne.
L'énergie mécanique est un pilier de la mécanique de terminale : elle s'articule avec la cinématique, les lois de Newton et le mouvement des projectiles, et revient chaque année au bac dans un exercice de bilan énergétique. Pour t'entraîner sur des sujets complets, consulte nos annales corrigées du bac de physique-chimie.
Pour situer ce chapitre dans l'ensemble de l'année, consulte notre panorama du programme de physique-chimie de terminale spécialité, qui montre comment la mécanique énergétique s'articule avec l'électricité, les ondes et la chimie.

