Une balle lancée, un ballon frappé, un jet d'eau : tous décrivent la même courbe, une parabole. C'est l'un des résultats les plus élégants de la Terminale, et l'un des mieux payés au bac. La raison est étonnamment simple : dès qu'un objet ne subit que son poids, tout son mouvement se déduit d'une seule égalité vectorielle, .
Position, vitesse, accélération
On étudie le mouvement dans un plan vertical muni d'un repère , avec horizontal et vertical dirigé vers le haut. Le point représente le projectile, assimilé à un point matériel. Sa position est donnée par le vecteur :
Le vecteur vitesse est la dérivée du vecteur position par rapport au temps, et le vecteur accélération la dérivée du vecteur vitesse :
L'idée à retenir. Dériver une position donne une vitesse, dériver une vitesse donne une accélération. Le raisonnement du chapitre marche exactement à l'envers : on connaît l'accélération (c'est ), et on remonte par intégrations successives jusqu'à la position. Chaque intégration fait apparaître une constante, fixée par une condition initiale.
La chute libre et la deuxième loi de Newton
Un projectile est en chute libre lorsqu'il n'est soumis qu'à son poids : on néglige les frottements de l'air et la poussée d'Archimède. La deuxième loi de Newton (le principe fondamental de la dynamique), appliquée dans un référentiel terrestre supposé galiléen, s'écrit :
La masse se simplifie : l'accélération d'un objet en chute libre ne dépend pas de sa masse. C'est le résultat de Galilée, une plume et une bille tombent identiquement dans le vide. Avec l'axe orienté vers le haut, le champ de pesanteur s'écrit avec . Les coordonnées de l'accélération sont donc :
Règle d'or. Tout part de là. Le mouvement horizontal a une accélération nulle : il est donc uniforme (vitesse horizontale constante). Le mouvement vertical a une accélération constante : il est uniformément accéléré. Cette séparation horizontale / verticale est la clé de tout le chapitre. Si tu as besoin de revoir le principe fondamental lui-même, notre article sur les lois de Newton et le mouvement reprend les trois lois en détail.
Établir les équations horaires x(t) et y(t)
Fixons les conditions initiales. À l'instant , le projectile part de l'origine (donc et ) avec une vitesse initiale de norme , inclinée d'un angle par rapport à l'horizontale. Les coordonnées de la vitesse initiale sont :
Première intégration, la vitesse. On intègre l'accélération et par rapport au temps. Les constantes d'intégration sont les composantes de la vitesse à :
Seconde intégration, la position. On intègre à nouveau, avec cette fois les positions initiales et comme constantes :
Ce sont les équations horaires du mouvement. Elles donnent la position à chaque instant. On y lit directement les deux régimes annoncés : est linéaire en (mouvement uniforme), tandis que est quadratique en (mouvement uniformément accéléré).
Lecture pédagogique. Chaque intégration « ajoute » l'information manquante : la première remonte de l'accélération à la vitesse et réclame ; la seconde remonte de la vitesse à la position et réclame la position de départ. Sans conditions initiales, une équation horaire n'est pas déterminée. C'est le réflexe attendu au bac : écrire les coordonnées de et de la position initiale avant d'intégrer.
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L'équation de la trajectoire : une parabole
Les équations horaires décrivent la position en fonction du temps. L'équation de la trajectoire décrit la courbe suivie, c'est-à-dire en fonction de , sans le temps. On l'obtient en éliminant . Comme , on isole le temps (à condition que ) :
On reporte cette expression dans . Le terme en devient un terme en , le terme en un terme en :
C'est une fonction du second degré en , avec un coefficient dominant négatif : la trajectoire est une parabole tournée vers le bas. Le projectile monte, atteint un sommet, puis redescend symétriquement.
Astuce de prof. Ne confonds jamais équation horaire et équation de trajectoire. La première contient et répond à « où est l'objet à l'instant ? ». La seconde relie et et répond à « quelle courbe dessine-t-il ? ». Pour passer de l'une à l'autre, on isole dans et on le substitue dans . C'est possible parce que le mouvement horizontal est uniforme, donc est proportionnel à .
Flèche et portée
Deux grandeurs caractérisent le tir. La flèche est la hauteur maximale atteinte ; la portée est la distance horizontale parcourue au moment où le projectile revient à son altitude de départ.
La flèche. Au sommet de la trajectoire, la vitesse verticale s'annule : . On en tire l'instant du sommet :
En reportant dans , on obtient la flèche :
La portée. Le projectile revient à l'altitude de départ quand avec . En résolvant , on trouve la durée totale du vol , soit exactement le double de (la parabole est symétrique). La portée est alors :
en utilisant l'identité .
Règle d'or. La portée est maximale pour , car atteint sa valeur maximale quand . Autre conséquence utile : deux angles complémentaires (par exemple et ) donnent la même portée, puisque prend la même valeur. C'est une question piège classique au bac.
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Tir horizontal et tir oblique
Les formules précédentes couvrent tous les cas ; on distingue deux situations selon l'angle de lancement.
Le tir oblique est le cas général, avec un angle : la vitesse initiale a une composante horizontale et une composante verticale . Le tir horizontal est le cas particulier (souvent depuis une hauteur ) : toute la vitesse initiale est horizontale, . Voici les deux jeux d'équations côte à côte.
| Grandeur | Tir oblique (angle , départ en ) | Tir horizontal (départ à la hauteur ) |
|---|---|---|
| Vitesse | ||
| Vitesse | ||
| Position | ||
| Position | ||
| Trajectoire |
Dans les deux colonnes, le même principe opère : mouvement uniforme à l'horizontale, uniformément accéléré à la verticale. Le tir horizontal n'est rien d'autre que le tir oblique avec (donc et ), décalé d'une hauteur de départ .
5 erreurs classiques à éviter
Sur les copies de DS et du bac, les mêmes fautes reviennent chaque année sur le mouvement d'un projectile. Les repérer, c'est déjà sécuriser des points.
- Oublier le signe de . Avec l'axe vers le haut, l'accélération verticale est , pas . Le signe « moins » traduit que la pesanteur tire vers le bas. Si tu orientes vers le bas, alors , mais il faut être cohérent d'un bout à l'autre.
- Croire que la vitesse est nulle au sommet. Au point le plus haut, seule la composante verticale s'annule. La composante horizontale reste constante et non nulle : le projectile continue d'avancer.
- Confondre équation horaire et équation de trajectoire. dépend du temps ; décrit la courbe. Pour une question de portée ou d'obstacle à franchir, c'est la trajectoire qu'il faut, obtenue en éliminant .
- Faire dépendre le mouvement de la masse. En chute libre, la masse se simplifie dans la deuxième loi de Newton : . Deux projectiles de masses différentes lancés pareillement suivent la même trajectoire.
- Oublier une condition initiale. Chaque intégration exige sa constante. Intégrer sans fixer , puis la position de départ, donne des équations fausses. Écris systématiquement les coordonnées de avant de te lancer.
3 exercices corrigés · niveau croissant
Exercice 1, tir horizontal
Énoncé. Une bille est lancée horizontalement avec une vitesse depuis le bord d'une table de hauteur . On prend et on néglige les frottements. Déterminer la durée de la chute, puis la distance horizontale parcourue avant de toucher le sol.
Solution. On choisit l'origine au point de départ, vers le haut. Le tir est horizontal, donc . Les équations horaires sont et (l'altitude est comptée depuis la table). La bille touche le sol quand elle est descendue de , c'est-à-dire :
On reporte cette durée dans pour la distance horizontale :
Résultat : la bille tombe pendant environ et atterrit à environ du pied de la table. On note que la durée de chute ne dépend pas de : elle serait identique pour une bille simplement lâchée sans vitesse.
Exercice 2, tir oblique, flèche et portée
Énoncé. Un ballon est frappé depuis le sol avec une vitesse initiale inclinée d'un angle au-dessus de l'horizontale. On prend . Calculer la flèche (hauteur maximale) et la portée du tir.
Solution. On relève les composantes de la vitesse initiale : et . La flèche s'obtient par la formule établie plus haut :
Pour la portée, on utilise :
Résultat : le ballon monte à environ et retombe à environ . Un tir à avec la même vitesse aurait exactement la même portée (angles complémentaires), mais une flèche bien plus grande.
Exercice 3, trajectoire et obstacle à franchir
Énoncé. Depuis le sol, on lance un projectile avec à un angle . Un mur de hauteur est placé à une distance horizontale de du point de lancement. On prend . Établir l'équation de la trajectoire, puis déterminer si le projectile passe au-dessus du mur.
Solution. Avec , on a et . Le coefficient du terme en vaut :
L'équation de la trajectoire est donc :
On calcule l'altitude du projectile à l'abscisse du mur, :
Résultat : à l'aplomb du mur, le projectile est à environ de hauteur, soit au-dessus des du mur. Il passe donc, avec une marge d'environ .
Ce type de raisonnement, établir la trajectoire puis tester une altitude à une abscisse donnée, est exactement celui qu'attend le jury dans les exercices de mécanique. Nos profs Hadamard, passés par les prépas de l'X et de CentraleSupélec, l'entraînent en priorité : il revient sans cesse au bac et se prolonge naturellement vers l'étude énergétique du mouvement. Pour t'entraîner sur des sujets réels, parcours nos annales du bac de physique-chimie.
Ce qu'il faut retenir
- La chute libre : un projectile soumis à son seul poids vérifie , indépendamment de sa masse (deuxième loi de Newton).
- Les deux régimes : mouvement uniforme à l'horizontale (), uniformément accéléré à la verticale ().
- Les équations horaires : et , obtenues par deux intégrations avec les conditions initiales.
- La trajectoire : en éliminant , on trouve une parabole .
- La flèche (où ) et la portée , maximale pour .
- Les deux tirs : le tir horizontal est le cas du tir oblique, souvent depuis une hauteur .
Le mouvement d'un projectile est la porte d'entrée de toute la mécanique du point : il prépare l'étude énergétique, où l'on retrouve les mêmes situations sous l'angle du travail et de la conservation de l'énergie mécanique, cinétique et potentielle. Pour situer ce chapitre dans l'année, consulte notre panorama du programme de maths et physique de Terminale spécialité.
Ce chapitre est aussi un grand classique de l'oral : si tu prépares ton épreuve finale, notre méthode pour structurer un grand oral de physique-chimie te montre comment transformer un sujet de mécanique comme celui-ci en exposé convaincant.

