Un titrage répond à une question très concrète : combien y a-t-il de telle espèce dans cette solution ? On ne peut pas la « voir » directement, alors on la fait réagir avec un réactif dont on connaît parfaitement la concentration, et on ajoute juste ce qu'il faut pour la consommer entièrement. Ce moment précis, l'équivalence, transforme un volume lu sur une burette en une concentration inconnue. C'est de la stœchiométrie appliquée, propre et rigoureuse.
Le principe d'un titrage
Un titrage (ou dosage par titrage) est un dosage par réaction chimique. On cherche la concentration inconnue d'une espèce, appelée le réactif titré, contenue dans un volume connu de solution (la prise d'essai). Pour cela, on ajoute progressivement, à la burette, une solution de concentration connue contenant le réactif titrant, qui réagit avec le titré.
Tant qu'il reste du réactif titré, le titrant versé est consommé aussitôt. Le titrage consiste à repérer l'instant où le titré vient d'être entièrement consommé : à partir de là, le volume de titrant versé et la stœchiométrie de la réaction suffisent à remonter à la quantité de matière initiale de titré, donc à sa concentration via .
La réaction support doit être « RTU ». Une réaction ne peut servir de support à un titrage que si elle est rapide (l'équilibre est atteint pratiquement instantanément à chaque ajout), totale (le réactif limitant est intégralement consommé, l'avancement va jusqu'au maximum) et unique (une seule réaction se produit, sans réaction parasite). Sans ces trois conditions, l'équivalence n'a pas de sens exploitable.
Cette réaction support est le plus souvent une réaction acide-base ou une réaction d'oxydoréduction. Toute la logique repose sur la notion d'avancement et de proportions stœchiométriques : si ce socle est fragile, revois d'abord notre méthode sur l'avancement d'une réaction et la stœchiométrie, elle conditionne tout le reste du chapitre.
L'équivalence, cœur du titrage
L'équivalence est l'instant du titrage où le réactif titrant et le réactif titré ont été introduits dans les proportions stœchiométriques de la réaction. C'est un changement de réactif limitant :
- Avant l'équivalence : le titrant est le réactif limitant, le titré est en excès (il en reste).
- À l'équivalence : les deux réactifs sont exactement dans les proportions de l'équation, aucun n'est en excès.
- Après l'équivalence : le titré a disparu, c'est désormais le titrant versé qui est en excès.
Écrivons la réaction support sous la forme générale, avec le réactif titré et le réactif titrant :
À l'équivalence, les réactifs ont été mélangés dans les proportions stœchiométriques : la quantité de titré initialement présente, divisée par son coefficient , égale la quantité de titrant versée, divisée par son coefficient :
Dans le cas très fréquent d'une réaction de coefficients , la relation se réduit à l'égalité des quantités de matière : à l'équivalence, , c'est-à-dire, au coefficient près, autant de moles de titrant versées que de moles de titré présentes au départ.
Règle d'or. Ce sont bien les coefficients stœchiométriques qui pilotent la relation à l'équivalence, pas un vague « autant d'un que de l'autre ». Si la réaction s'écrit , alors à l'équivalence, et surtout pas . Écris toujours l'équation équilibrée avant d'écrire la relation.
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Repérer l'équivalence
L'équivalence est un événement « invisible » : rien de spectaculaire ne se produit dans le becher au niveau des quantités de matière. Trois techniques permettent de la localiser, au programme de Terminale.
| Méthode | Grandeur suivie | Signature de l'équivalence |
|---|---|---|
| Indicateur coloré | Couleur de la solution | Changement de teinte persistant (une goutte suffit à faire virer) |
| pH-métrie | pH en fonction du volume versé | Saut de pH (méthode des tangentes ou de la dérivée) |
| Conductimétrie | Conductivité en fonction du volume | Rupture de pente (changement de direction du tracé) |
L'indicateur coloré. Pour un titrage acide-base, on ajoute quelques gouttes d'un indicateur dont la zone de virage encadre le pH à l'équivalence. Au voisinage de l'équivalence, une seule goutte de titrant fait basculer la couleur : c'est le repérage le plus rapide, mais aussi le moins précis. Parfois le réactif titrant est lui-même coloré et sert d'indicateur : le permanganate de potassium violet devient incolore tant qu'il est consommé, et la première teinte rose persistante marque l'équivalence.
La pH-métrie. On mesure le pH après chaque ajout et on trace . La courbe présente un saut de pH brutal au voisinage de l'équivalence ; on repère le volume équivalent par la méthode des tangentes parallèles ou par le maximum de la dérivée . Pour bien lire ces courbes, il faut être à l'aise avec le calcul de pH, revois au besoin notre article sur le pH et les acides-bases.
La conductimétrie. On suit la conductivité de la solution, liée aux ions présents. Comme le titrage remplace certains ions par d'autres, la pente de change à l'équivalence : on prolonge les deux portions de droite, leur intersection donne . C'est la méthode de choix quand aucun indicateur n'est adapté ou quand la solution est trop diluée pour un saut de pH net.
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Calculer la concentration inconnue
Une fois le volume équivalent connu, le calcul est toujours le même. On part de la relation à l'équivalence et on isole la concentration cherchée. Notons et la concentration inconnue et le volume de la prise d'essai (le titré), la concentration connue du titrant et le volume versé à l'équivalence.
En traduisant et dans la relation d'équivalence :
Dans le cas , on retrouve la formule à connaître par cœur, celle du titrage acide-base classique :
Astuce de prof. Le volume à mettre au dénominateur est toujours celui de la prise d'essai (le titré), jamais le volume total dans le becher ni le volume versé. Les gouttes d'eau ou d'indicateur ajoutées ne changent pas la quantité de matière de titré, seulement le volume total : elles n'interviennent donc pas dans le calcul. Vérifie aussi l'homogénéité : en mettant en mol·L et en litres, est bien en moles.
Si l'énoncé demande une concentration en masse (en g·L) plutôt qu'une concentration molaire, on convertit avec la masse molaire via , soit . C'est ce qu'on fera pour le vinaigre.
5 erreurs classiques à éviter
Sur les copies de DS et au bac, les mêmes fautes reviennent chaque année autour du titrage. Les repérer, c'est déjà sécuriser les points.
- Oublier les coefficients stœchiométriques. Écrire n'est correct que si . Dès que les coefficients diffèrent, il faut diviser chaque quantité de matière par son coefficient. L'erreur numéro un des titrages redox.
- Diviser par le mauvais volume. Dans , le dénominateur est le volume de la prise d'essai de titré , pas le volume versé ni le volume total du becher.
- Mélanger titré et titrant. Le titrant est dans la burette (concentration connue) ; le titré est dans le becher (concentration inconnue). Inverser les deux fait tout basculer, relis toujours quelle solution est dans quel récipient.
- Prendre en compte l'eau ajoutée. Ajouter de l'eau distillée dans le becher (par exemple pour immerger la sonde conductimétrique) change le volume total mais pas la quantité de matière de titré. Le volume équivalent et le résultat sont inchangés.
- Utiliser une réaction non totale. Une réaction lente, limitée ou accompagnée de réactions parasites ne peut pas servir de support : l'équivalence y perd son sens. Vérifie que la réaction est bien rapide, totale et unique.
3 exercices corrigés · niveau croissant
Exercice 1, titrage acide-base direct
Énoncé. On titre un volume mL d'une solution d'acide chlorhydrique de concentration inconnue par une solution d'hydroxyde de sodium (soude) de concentration mol·L. Le suivi pH-métrique donne un saut de pH pour un volume versé mL. Déterminer .
Solution. La réaction support est la réaction acide-base entre l'ion oxonium et l'ion hydroxyde, rapide et totale :
Les coefficients valent . À l'équivalence, , soit . On isole :
Résultat : la solution d'acide chlorhydrique a une concentration mol·L. Les volumes étant dans le même rapport au numérateur et au dénominateur, on peut les garder en mL sans conversion, seule leur proportion compte ici.
Exercice 2, titrage d'un vinaigre
Énoncé. Un vinaigre contient de l'acide éthanoïque (acide acétique) CHCOOH, de masse molaire g·mol. On dilue le vinaigre 10 fois, puis on titre mL de la solution diluée par de la soude à mol·L. L'équivalence, repérée à la phénolphtaléine, est atteinte pour mL. Déterminer la concentration en masse de l'acide dans le vinaigre non dilué.
Solution. La réaction de titrage entre l'acide acétique et l'ion hydroxyde est rapide, totale et de coefficients pour :
À l'équivalence, , où est la concentration en acide de la solution diluée :
La dilution étant d'un facteur , la concentration dans le vinaigre non dilué est dix fois plus grande :
On convertit en concentration en masse avec :
Résultat : le vinaigre contient environ g d'acide acétique par litre, soit à peu près g pour mL. Cela correspond à un « degré » d'environ , cohérent avec un vinaigre du commerce (typiquement entre et ). Le facteur de dilution est l'étape que les élèves oublient le plus souvent : ne titre jamais le vinaigre pur, trop concentré, mais n'oublie pas de « remonter » la dilution à la fin.
Exercice 3, titrage redox d'un antiseptique
Énoncé. L'eau oxygénée est un antiseptique contenant du peroxyde d'hydrogène HO. On titre mL d'une solution d'eau oxygénée par une solution de permanganate de potassium (ions MnO) de concentration mol·L, en milieu acide. L'équivalence est repérée par la persistance de la teinte violette, pour mL. Déterminer la concentration en peroxyde d'hydrogène.
Solution. La réaction d'oxydoréduction support, entre les ions permanganate (oxydant) et le peroxyde d'hydrogène (réducteur ici), est rapide et totale en milieu acide :
Ici les coefficients diffèrent : pour le titré HO, pour le titrant MnO. La relation à l'équivalence fait intervenir ces coefficients :
Avec et , on obtient :
Application numérique :
Résultat : l'eau oxygénée titre mol·L en peroxyde d'hydrogène. On remarque que le permanganate joue le rôle d'indicateur de fin de réaction : tant qu'il reste du HO, la solution reste incolore (les ions Mn sont quasi incolores) ; la première goutte en excès colore durablement le mélange en violet. Le facteur , issu des coefficients, est exactement ce que nos profs Hadamard, passés par les prépas de l'X et de CentraleSupélec, vérifient en premier sur une copie de titrage redox.
Ce qu'il faut retenir
- Le principe : un titrage dose une espèce inconnue (le titré) en la faisant réagir avec un titrant de concentration connue. La réaction support doit être rapide, totale et unique.
- L'équivalence : les réactifs ont été introduits dans les proportions stœchiométriques ; c'est le changement de réactif limitant, avant lequel le titré est en excès, après lequel c'est le titrant.
- La relation : , qui devient pour une réaction .
- Le repérage : indicateur coloré (virage), pH-métrie (saut de pH), conductimétrie (rupture de pente).
- Le calcul : , avec le volume de la prise d'essai de titré.
- Les pièges : ne jamais oublier les coefficients stœchiométriques, diviser par le bon volume, ne pas compter l'eau ajoutée.
Le titrage est un attendu récurrent de l'épreuve de physique-chimie : on le retrouve régulièrement dans les annales du bac de physique-chimie, souvent couplé à une exploitation de courbe pH-métrique ou conductimétrique. C'est aussi un excellent sujet de Grand oral de physique-chimie, à condition de bien articuler protocole, réaction support et exploitation des mesures.
Pour situer ce chapitre dans l'ensemble de l'année, consulte notre panorama du programme de physique-chimie de Terminale spécialité, et consolide les bases de calcul de quantités de matière avec notre article sur l'avancement et la stœchiométrie.

